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La résurrection de Stefanos Tsitsipas Jannik Sinner, on top of the world

Carlos Alcaraz et Novak Djokovic ont assumé leurs rôles de favoris. Ils se sont tous deux hissés en finale de Wimbledon sans frayeur. Le duel promis à Roland-Garros a eu lieu au All England Lawn Tennis and Criquet Club. Cette rencontre d’exception a couronné le plus jeune des deux adversaires. Carlos s’empare du trophée devant les yeux du septuple champion : 1/6 7/6 6/1 3/6 6/4.

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Dix années durant, le Serbe est resté invaincu sur le Center Court. Sa mythique victoire en 2019 contre Roger Federer marque la passation de pouvoir. Je le pensais intouchable en Grand Chelem, et davantage encore sur le gazon londonien. L’enjeu du moment et la fougue de son adversaire ont eu raison de ma naïveté. Le passé aurait dû m’alerter. Malgré ses trente-cinq finales majeures disputées, Novak Djokovic n’est jamais tout à fait lui-même lorsqu’il dispute une rencontre historique. Son match contre Daniil Medvedev lors de l’US Open 2021 le prouve. Une unique victoire le sépare alors du Grand Chelem calendaire – exploit qui n’a pas été réitéré depuis Rod Laver en 1969. Pourtant, il s’écroule. Cette finale est encore plus importante. Le Djoker joue pour tous les records : les vingt-quatre grand chelems de Margaret Court, les cinq Wimbledon d’affilée de Bjorn Borg et surtout les huit Championships de Roger Federer.

Novak Djokovic n’était-il pas au sommet de son art ? Carlos Alcaraz est-il trop talentueux ? Sûrement un peu des deux. Ce dimanche, le Serbe a commis des erreurs qui ne lui ressemblent pas. Le prodige espagnol, lui, était prêt à tout pour remporter un deuxième Grand Chelem. Celui-ci a encore plus de saveur car il a battu le maître des lieux.

Lorsque les deux joueurs entrent sur le Center Court, une question plane dans mon esprit. Carlos Alcaraz a-t-il appris de ses erreurs à Paris ? J’espère que oui, mais rien ne me l’assure. Le premier set éclair m’inquiète d’ailleurs. La tension du match s’empare de jeune Espagnol. Il est étouffé par Novak Djokovic qui entre dans sa bulle. Piégé derrière sa ligne de fond de court par les retours chirurgicaux du Serbe, Carlos Alcaraz ne peut surprendre son adversaire. Il subit les longs échanges et finit inévitablement par manquer avant son ainé. Novak Djokovic gère cette première manche d’une main de fer. Trente minutes durant, rien ne lui résiste : 6/1.

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Alors que tout semble écrit d’avance, Carlos se rebelle. Il saisit la seule option qui s’offre à lui : se ruer au filet. Il sait que Novak Djokovic anticipera ses mouvements, mais il n’a pas le choix. Il enchaine les montées au filet, avec plus ou moins de succès. Son initiative est récompensée. Les passings qui défilent sous ses yeux ne le découragent pas. L’élève de Juan Carlos Ferrero prend le dessus dans l’échange grâce à son coup droit ravageur. Seul son manque de précision au retour continue à lui jouer des tours. Il laisse quelques points gratuits au Serbe qui n’en demande pas tant. Les deux monstres se départagent au tiebreak. Carlos Alcaraz débute ce défi avec les statistiques contre lui. Novak Djokovic a enchainé quinze tiebreaks en Grand Chelem sans en laisser un. Chaque série doit bien venir à sa fin. Son arme fétiche le faillit. Alors qu’il remporte le mini-break, le Serbe enchaîne deux revers dans le filet. Un magnifique retour gagnant de Carlos Alcaraz lui décroche la seconde manche : 7/6.  Le match prend une tout autre tournure.

Carlitos est bel est bien décidé à remporter le titre. Avec un set en poche, l’Espagnol se montre plus conquérant. Il inflige une pression monstre à son adversaire en remportant son service par un sublime passing. Novak Djokovic regrette sa première balle salvatrice. Le quatrième jeu illustre la dynamique de cette troisième manche. Le Serbe doit absolument conserver son service s’il espère revenir dans ce set. Carlos Alcaraz est plus décidé que jamais à assoir sa domination. Vingt-six minutes durant, les deux joueurs se donnent corps et âmes sur chaque point. Les déchets de Novak Djokovic s’accumulent et l’empêchent de profiter des difficultés de Carlitos au retour. Le septuple champion cède sa mise en jeu – et la fin de la manche. Il donne l’impression de ne plus vouloir se battre : 6/1.

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Le troisième set laisse penser que Carlitos décrochera son premier Wimbledon en quatre sets. Plus personne n’y croit… sauf moi. Je connais sa capacité à surmonter l’impossible, à retourner des situations écrites d’avance. Quand il revient sur le Center Court après une pause au vestiaire, je sais qu’il se ressaisira. Et, il le fait. Quelques minutes durant, l’homme le plus titré en Grand Chelem lutte sur chacune de ses mises en jeu. Il sait qu’il doit conserver son service coûte que coûte. Les deux hommes livrent un combat spectaculaire. Leurs échanges défient la réalité. Le Djoker attend une opportunité et sait la saisir lorsqu’elle se présente. Il profite d’un jeu loupé par Carlitos pour prendre la tête de la quatrième manche. Quelques fautes de l’Espagnol suffisent pour relancer Novak Djokovic dans ce match au suspense éternel. Il revient à hauteur et force son cadet à disputer un set décisif : 6/3.

A cet instant, je pense que l’expérience parlera. Un cinquième set en finale de Wimbledon pèse sur les nerfs. Pourtant, Carlos Alcaraz obtient la première balle de break. Il ne la convertit pas – et Novak Djokovic retourne la faveur lors du jeu suivant. L’Espagnol parvient à surpasser les attentes qui pèsent sur ses jeunes épaules. Il propose une démonstration de ce qu’il fait de mieux au public londonien. Sa fougue et son amour du jeu transparaissent dans chacune de ses montées au filet. Il vole le service de son adversaire grâce à un énième passing longue ligne. Il confirme ce précieux avantage par un jeu blanc d’une autorité rare. Novak Djokovic remporte l’ensemble de ses jeux suivants. Il court derrière le score, à l’affut du moindre doute dans la tête de son jeune rival. Lorsque Carlos Alcaraz choisit avec minutie ses balles pour servir pour le match, je suis persuadée qu’il tremblera. A seulement vingt ans, comment pourrait-il conclure ce match d’exception sans broncher ? L’élève de Juan Carlos Ferrero défie la réalité. Il aligne des points exceptionnels suivi d’un service au T pour s’offrir une première balle de match. Elle suffit : 6/4.

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Carlos Alcaraz est le vainqueur de l’édition 2023 de Wimbledon. Je n’avais pas envie d’écrire ces mots avant d’assister à l’une des plus belles rencontres de l’année. Pourtant, ils semblent justes. Le prodige espagnol mérite amplement cette victoire. Alors, certains auront envie de parler d’une passation de pouvoir. Ils penseront trop hâtivement que Novak Djokovic est dépassé par le phénomène Carlitos. Ce dernier a su jouer son meilleur tennis lors du match le plus important de sa carrière alors que le Serbe n’a, encore une fois, pas réussi cet exploit. Plutôt qu’un aveu de faiblesse du meilleur joueur de l’histoire, je perçois cette rencontre comme la promesse d’une rivalité majestueuse.

Marnie Abbou

2 thoughts on “Carlos Alcaraz écrit sa propre histoire

  1. Seb helin dit :

    Merci pour cette analyse au scalpel , doublée d’ émotions ! Bravo

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