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La résurrection de Stefanos Tsitsipas Jannik Sinner, on top of the world

Les faux rebonds, les amorties, les glissades, les marques de ligne. Toutes ces choses inhérentes au tennis sur terre battue rendent les matchs vivants et désordonnés. Cette surface, qui obsède les joueurs de mars à juin, offre des souvenirs inoubliables aux fans.

Le tennis est un sport conservateur. Il regorge de traditions ancestrales et de règles d’un autre temps : s’habiller en blanc à Wimbledon, un comptage des points singulier, ne pas parler pendant l’échange. Si celles-ci s’imposent aux joueurs, d’autres sont dédiées aux spectateurs : ne pas encourager entre les services, ne pas se déplacer dans les gradins lors des points, ne pas utiliser son flash de téléphone. Ces impératifs, qui paraissent dépassés pour certains, font l’âme du sport.

Certains joueurs souhaitent moderniser le tennis, tels que Frances Tiafoe. A l’occasion de l’exhibition Tie Break Tens qui a eu lieu à Indian Wells cette année, il a déclaré : « Je pense que les fans devraient pouvoir se balader et parler pendant les matchs […] Il faut changer les choses pour attirer de jeunes fans ». Néanmoins, de nombreux spectateurs sont attachés à ces traditions. La terre battue peut incarner cet attachement au passé.

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Le circuit professionnel était initialement partagé entre le gazon et l’ocre. Ce n’est qu’à partir de la fin des années 1970 que le dur s’est propagé à travers le monde. Cette dernière surface souvent bleue, parfois grise, est composée de produits synthétiques. Aujourd’hui largement majoritaire, il est difficile de s’imaginer que les athlètes avaient l’habitude de jouer uniquement sur des surfaces naturelles. Lorsque les agents d’entretien lissent la terre battue et arrosent les courts, on se souvient que le tennis n’a rien de technologique. Cette sensation est encore plus prenante lorsque le Hawk-Eye laisse place aux juges de lignes. Il est toujours plus vivant d’observer l’arbitre descendre de sa chaise pour observer la marque laissée par la balle que de scruter un écran géant. Alors, oui, l’Homme peut se tromper ; mais ses erreurs font parties du jeu. Le premier tour de l’Internazionali BNL d’Italia entre Andy Murray et Fabio Fognini aurait-il fini différemment si Mohammed Lahyani avait jugé la balle de l’italien faute ? Peut-être. La terre battue est imprévisible, et nous l’aimons tant pour cela.

La tradition n’est pas le seul atout de l’ocre. Elle offre des matchs uniques aux spectateurs. Les joueurs n’emploient pas les mêmes schémas que sur les courts durs, caractéristiques du tennis moderne. Sur ces derniers, tout va plus vite. Un service puissant bien placé est quasi synonyme de point gagné. Les balles fusent ; les joueurs réagissent. Les montées au filet se raréfient. La vitesse de la balle est telle que le point gagnant est accessible tôt dans l’échange.

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Lorsque les athlètes entrent sur les courts de terre battue, le temps ralentit. Le rebond est plus haut ; les balles vont moins vite. Ces détails, à peine perceptibles par un œil novice, modifient l’essence du jeu.  Il s’agit alors de faire preuve de puissance et d’intelligence mais aussi de patience. L’ocre est exigeante. Les joueurs doivent penser l’échange, et plus seulement le jouer. Remporter le point demande d’enlever du temps à son adversaire, de créer un espace. Les tennismen les plus doués sur cette surface sont ceux qui lisent le mieux la balle. Ils anticipent le prochain geste de leur adversaire pour être déjà prêts à exécuter le leur.

Andrey Rublev résume le tennis sur terre battue en quelques phrases lors d’une interview pour l’ATP : « Le vrai tennis est joué sur terre battue car la surface exige de constamment réfléchir, d’être préparé pour de longs et intenses échanges, d’être endurant tant physiquement que mentalement, et aussi d’être intelligent ».  

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Pour les spectateurs, cela signifie des matchs plus longs. Les fans ont l’occasion d’admirer les joueurs à l’œuvre. L’échange dure tant que l’un des deux n’arrive pas à tromper l’autre. Dans les cas les plus majestueux, on assiste à des matchs où chaque échange est une bataille sans fin. C’était le cas des quarts de finale entre Rafael Nadal et Novak Djokovic à Roland Garros 2022. Les deux champions ont enchainé des jeux de plus de seize minutes. Le match suivant, qui a opposé le Taureau de Manacor à Alexander Zverev, n’était pas moins palpitant. Les points étaient si rudes qu’après 3h13, le tiebreak du second set n’avait pas encore commencé. Le dénominateur commun à ces deux matchs d’exception est Rafael Nadal. Considéré comme le meilleur joueur de l’histoire sur la surface, la terre battue ne peut être évoquée sans lui. Outre ses qualités physiques hors norme et son talent, ce qui a permis son succès est son intelligence tennistique. Dans Nadal, les secrets d’un géant, diffusé sur l’Equipe TV en 2014, Ivan Ljubicic a déclaré : « Il comprend le jeu mieux que quiconque ». 

Les caractéristiques propres de la terre battue entrainent des matchs plus divertissants. Lorsque le joueur ne parvient pas à frapper de coups gagnants et que l’adversaire ne rate pas, que se passe-t-il ? Il prend plus de risques ou il change sa tactique. Les spectateurs assistent alors à des balles qui effleurent les lignes, à des joueurs qui refusent de reculer ou à des montées au filet. Le tennis révèle alors l’étendue de sa beauté : amorties, slices, glissades, volées ou passings.

La terre battue est incarnée par des tournois historiques. Cette période particulière du calendrier regorge d’enjeux. Elle est la plus riche en masters 1000 : Monte-Carlo, Madrid puis Rome. Chacun d’entre eux rapproche un peu plus les joueurs de leur point d’arrivée : Roland Garros. Au fil des semaines, les prétendants au titre se dessinent. A Paris, l’apogée de la saison sur terre battue est atteinte : quinze jours intenses au cours desquels tout peut basculer. Demain, la Coupe des Mousquetaires sera remise en jeu.

Marnie Abbou

2 thoughts on “Pourquoi aimons-nous tant la terre battue ?

  1. Lili Fontaine dit :

    Quel plaisir de lire une vraie pro, qui sait de quoi elle parle. J’ai appris plein de trucs passionnants, moi qui suis fan de terre battue. Bravo Marnie Abbou et merci pour vos articles captivants.

  2. Josephine Helin dit :

    Super article vraiment intéressant !

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